Philippe Schmidiger

de Genève 

Eh oui ! Déjà 20 ans, malgré sa jeunesse, 20 ans que nous suivons le travail de Philippe Schmidiger c’est dire son chemin parcouru et la maturité de son travail d’aujourd’hui.
 

En 1991, il nous est apparu comme une météorite aérienne, d’un autre monde, son monde. Depuis tout petit, Philippe Schmidiger, s’intéresse à la matière pour la transformer. Sa mère m’a raconté qu’il s’amusait très jeune à transformer les pots de yogourts fondus dans le four pour en faire des objets surprenants et déjà magiques: un pied, une main dans la matière moderne, l’esprit dans le fantasme.

 

Lorsque nous avons rencontré cet être longiligne mouvant, c’est l’étonnement qui nous a saisis: Sculpture vivante en performance à l’aveugle, sous impulsions du corps, forme colorée interactive, silencieuse, un ensemble de grandes photos fascinantes de personnages venus d’ailleurs.

 

En fait nous avons découvert chez lui un travail de minimaliste  concernant des objets du quotidien; peignes, brosses à dents, balles de ping-pong, ou objets miniatures de jeux d’enfants. Le tout transformé et mis en scène sur un plateau complété d'un décor. L’ensemble ainsi photographié, très agrandi mais sans retouches est mis en lumière afin qu' opère pour le mystère. C’est ainsi que le visiteur, non initié à ce travail préparatoire pouvait découvrir dans la galerie: une forêt de peignes « La Peigneraie », un lever de lune, une rencontre avec le soleil, un corps à corps entre ces deux astres « La mesure du temps » des Elfes ou des Rocking-chairs en apesanteur entre ciel et terre. 

Des sculptures vivantes, Philippe Schmidiger en a toute une collection, chacune adaptée à l’évènement : sur sol, sur socle tournant, sur scène, dans les airs avec pour titre: Arena, Lys, Savanna, Abysse, Arlequin, Super Père-Noël, etc. Présentées dans différents lieux et villes: Galerie d’Art en l’île, à l’institut Jacque Dalcroze, Aux Ambassadeurs, haut lieux de l’horlogerie et joaillerie, au Palais de Beaulieu, à Cannes au Carlton, au Casino théâtre de Berne avec l’orchestre symphonique, à Barcelone pour Samsung, au Gala Glam’Art au Casino de Fribourg ou plus modestement pour des anniversaires particuliers ou de manière plus engagée dans son quartier de St Jean : «Touches pas à ma Poste »

Bref du rêve, des sensations, des émotions, des enchantements pour des publics divers avec toujours un travail très méticuleux qui signe d’ailleurs cette exposition et le sens du design, pour preuve sa collection de sculptures vivantes, ces housses originales en lycra, devenues sous tube en plexiglas scellés, objets de design, objets d’œuvres d’art pour amateurs de traces d’un moment éphémère.

Philippe Schmidiger, un artiste à la tête pleine d’images qui prennent formes et corps dans la matière, des supports qui vous surprennent par le détournement qu’il opère sur eux avec dérision : un surréalisme poétique.

Formé à l’école des Arts décoratifs de Genève, graphiste, il s’est constamment libéré du formatage professionnel, pour mettre en scène, avec un heureux artifice son corps, ou le quotidien auxquels il donne une nouvelle destinée et densité. Un travail de recherche, d’exploration très singulier, une mise en questions des idées reçues, des matières et formes identifiables parfois, mais toujours détournées entre lisible et illisible pour maintenir la tension du rêve et de l’esprit avec les indices d’un autre langage. Dépasser le contemplatif pour éveiller, proposer des signes, des énigmes, susciter l’émotion à travers une modulation de la créativité.


Philippe Schmidiger, un magicien du réel qui vous emporte dans ses fantasmes envoûtants, fait de fantômes en plexiglas et bois de frêne, de swatchs géantes fondues ou corps sous tissu extensible qui se déploie de la position foetale aux contorsions les plus extrêmes. C’est une réinvention de chaque instant qui rafraîchit nos idées et nos sentiments avec élégance et modernisme. Que ça soit avec «Savanna», «Jurassic Parc» ou encore avec le charme et l'humour de «Gentiane», Philippe Schmidiger, nous met les sens en éveil et à l’envers.

La qualité plastique de son travail accompagné parfois musicalement, explore avec exigence et innovation. C’est un monde métamorphosé qu’il nous propose. Monde doté de son caractère éphémère qui l’ancre dans l’art contemporain, dans un langage universel. Ses chorégraphies intriguent, nous dynamisent et que dire de ses dernières photokinésigraphies qui nous électrisent et nous plonge dans un univers parfois mystique? Là ou substances, traces, quintessence d’un sujet, (objet ou personne) affleurent et sont prêtes à disparaître, là commence et prend fin le va et vient d’une iconographie en subtile mutation.


La ligne pure de la Sculpture vivante côtoie le flou du mystère de la photographie, ainsi que le scintillement crissant des courbes en plein tourbillon. Seul ou accompagné des danseurs et des musiciens de sa compagnie, Philippe Schmidiger, dépasse les significations premières aux travers de compositions symboliques. Un artiste auquel il est bon de s’attacher.

 Claude Claverie